Peindre d'après... pour ou contre?

Publié le par Malivoyage

Après ma conclusion un peu polémique sur les stages, certain(e)s sont peut-être un peu froissé(e)s.

En fait, la copie est un excellent exercice en vue de la maîtrise de la technique, à condition d'en sortir un jour.

Première question : copier quoi? qui? dans quel but?
Quand on regarde une peinture, le peintre a fait, pour le spectateur, tout le travail de simplification du réel, de choix et d'interprétation nécessaire à sa compréhension. Pour le peintre qui copie cette oeuvre, l'exercice se concentre donc sur la technique et les moyens d'obtenir tel ou tel effet grâce au même médium. C'est donc un exercice qui n'a pas sa place dans une exposition ou une vente (Viendrait-il à un écrivain l'idée de publier ses dissertations de littérature ou ses pastiches de potache?) Eventuellement ce travail pourrait trouver sa place dans une exposition d'atelier, comme signe du travail accompli, accompagné d'une notice explicative citant au moins l'artiste et l'oeuvre originale. C'est seulement une question d'honnêteté.
Copier des oeuvres fait partie du processus d'apprentissage, encore faudrait-il encore s'en tenir aux grands-maîtres.

Mais peindre d'après photographie?

J'ai très rarement vu des peintres assez honnêtes pour citer l'auteur de la photographie à l'origine de leur tableau (quelques humbles sur le net, si!) et encore moins être capable d'en produire l'autorisation. Et je ne le nie pas, je l'ai fait aussi et il n'y a pas si longtemps.  Je parle de Peintres, de ceux qui aspirent à l'admiration parmi les grands, à la reconnaissance par leurs pairs.  Les humbles, eux, n'ont rien à perdre à afficher la provenance de leur inspiration. Si tous les professeurs de dessin, tous les directeurs d'ateliers exigeaient de l'élève qui leur propose (ou impose) une photo de départ exigeaient qu'il lui donne le nom de l'auteur, voire qu'il obtienne son autorisation de reproduction, on verrait davantage de travaux d'après-nature.

Reste la solution de prendre ses photos soi-même : on a l'auteur sous la main qui ne viendra pas réclamer ses droits!!! Et c'est là que naît la liberté : l'imprimer, en N&B, inversée, la recadrer, la grossir, la flouter. une chose est sûre  : peindre d'après photographie sans retravailler la photo (si bonne soit elle) n'est qu'un exercice ; celui d'améliorer encore la photo en déplaçant, renforçant, floutant des éléments me semble beaucoup plus profitable et me semble plus proche d'un travail personnel, c'est à dire un travail de Peintre.

A ce titre, proposer une même image à un groupe avec comme consigne de se l'approprier me semble un excitant défi de peintres . Et pourquoi pas un défi de photographes (en fichier raw)?

Alors?
La photographie a pour propriété de saisir un instant, mais notre oeil a pour avantage sur le capteur de trier les centres d'intérêt d'une image, de distinguer des noirs parmi les noirs, les nuances dans les blancs que le capteur écrase.

Pour l'exercice du trio oeil/main/cerveau, rien ne vaut l'observation fine de la réalité. Quitte à mettre en scène des natures mortes pour tenter de tout saisir. Je trouve l'exercice enrichissant en qualité d'observation et en endurance.
Ou bien il reste la rapidité et la multiplication des croquis pour saisir les instants qui s'écoulent l'un après l'autre.

Aux vrais Photographes, ceux qui ne se préoccupent pas que du sujet, mais aussi de la qualité des couleurs, de  composition, qui travaillent leurs tirages, c'est par respect pour vos travaux, aux affres si proches des nôtres qu'il ne faut pas vous transformer en seuls outils (de réussite, certes) et remettre les choses chacune à sa place.

Ma conclusion personnelle vient de mes efforts depuis un ou deux ans à échapper aux facilités de la copie de photo et de mon désir de retourner à la copie des maîtres, comme détours pour trouver mon propre chemin. Déchirements...

Publié dans croquis

Commenter cet article